Close

1 juin 2020

ENQUETE SUR UNE EPIDEMIE DES TEMPS MODERNES Partie 1: Les allergies késako ?

D’année en année, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur, touchant aussi bien les enfants que les adultes. Le nombre de personnes souffrant du célébrissime « rhume des  foins » a triplé en à peine trente ans et touche aujourd’hui un français sur trois. Les cas d’allergies alimentaires pédiatriques ont eux aussi littéralement explosés et concerneraient à l’heure actuelle près d’un enfant sur dix.

Qu’est-ce que l’allergie ? Comment la reconnaît-on ? Et quelles sont ses répercussions sur notre santé ?

  Le mot allergie fut inventé en 1905 par le pédiatre autrichien Clemens Peter Von Pirquet. Du grec « allos » et « ergon », il pourrait signifier »une autre façon » de répondre à un stimulus externe. L’allergie est en effet un dérèglement du système immunitaire qui, pour différentes raisons, s’attaque à des éléments venus de l’extérieur, habituellement inoffensifs pour l’homme. Au contact de ces intrus décrétés comme potentiellement dangereux, notre système de défense naturel s’affole et devient agressif. Il réagit alors de manière démesurée engendrant des perturbations organiques et des troubles plus ou moins graves.

A long terme, les allergies finissent par empoisonner notre quotidien et nous empêchent de nous épanouir pleinement. De la banale mais non moins gênante rhinite vous obligeant à toujours garder un mouchoir en poche, à l’œdème de quincke voire au choc anaphylactique (réaction allergique grave pouvant être mortelle) nécessitant une injection rapide d’adrénaline, les symptômes et conséquences d’une allergie sont multiples.

Cliniquement,  la manifestation de l’allergie sera fonction du mode d’entrée et de la nature de l’allergène (l’élément responsable de l’allergie également appelé antigène). Les symptômes divergeront donc, s’il s’agit par exemple d’une allergie respiratoire, alimentaire, cutanée ou médicamenteuse. Certains symptômes peuvent être considérés comme anodins et même passer inaperçus pour certains, à tel point que l’on peut même être allergique sans le savoir ! Des nausées, vomissements,  diarrhées ou douleurs abdominales peuvent par exemple être cause d’une allergie alimentaire. L’urticaire, l’eczéma, des boutons, des rougeurs ou des gonflements peuvent également caractériser une allergie respiratoire, alimentaire ou de contact. L’intrusion d’un allergène par les muqueuses respiratoires peut occasionner des symptômes ORL comme de l’asthme, qui représente d’ailleurs aujourd’hui deux tiers des urgences pédiatriques et est malheureusement à l’origine de plus en plus de décès chaque année. Au mieux l’allergie respiratoire se manifestera par une rhinite allergique.

Souffrez-vous d’une rhinite allergique saisonnière également connu sous le nom de rhume des foins ? Pour le savoir, Danièle Festy, célèbre pharmacienne et auteure, vous propose un astucieux moyen mnémotechnique : le test du PAREO. P : pour prurit ; vous avez les yeux et le nez qui grattent. A : pour anosmie qui correspond à une perte totale ou partielle de l’odorat. R : pour rhinorrhée qui n’est autre que le nom savant du nez qui coule. E : pour éternuements. 0 : pour obstruction, votre nez est bouché

Si vous regroupez ces 5 symptômes, cela a tout l’air d’une rhinite allergique !

stéthoscope

  Le médecin allergologue procède généralement à un interrogatoire et un examen clinique approfondi afin de poser le diagnostic de l’allergie. Outre les symptômes observables, des tests scientifiques existent pour objectiver l’allergie. Certains de ces tests peuvent être effectués dès la naissance.

. Des tests cutanés peuvent être effectués. Ces tests consistent à injecter dans le derme un certain nombre d’allergènes potentiels ou à les mettre directement en contact  avec la peau. Il s’agit de patchs tests, des prick tests et des tests intradermiques (IDR) (réservés aux explorations médicamenteuses). Néanmoins dans le cas des allergies alimentaires,  un test cutané peut se révéler négatif  alors que l’allergie existe réellement. . Des tests sanguins sont donc généralement réalisés afin de rechercher la présence éventuelle des anticorps spécifiques de l’allergène incriminé appelés les immunoglobulines E. Une fois ces Ig E détectées dans le sang, l’allergène responsable est démasqué. . Pour les allergies alimentaires,  les tests peuvent aussi être complétés par des tests dits de provocation orale qui consistent à faire ingérer des aliments susceptibles d’être allergène puis d’observer si des symptômes apparaissent. .Des tests urinaires peuvent également compléter le bilan effectué (dosage des ptérines qui sont des témoins de l’inflammation et donc du fonctionnement immunitaire).

Quelle est la différence entre allergie et intolérance ?

– L’allergie fait intervenir le système immunitaire alors que l‘intolérance concerne avant tout le système digestif. Cette dernière peut-être due à une carence enzymatique ou à une hypersensibilité à des molécules comme des composants alimentaires ou additifs (exhausteurs de goût, colorants…). Les enzymes digestives sont des protéines qui vont permettre la bonne digestion  des nutriments. Lorsque ces enzymes font défaut, les nutriments sont mal transformés et provoquent des réactions d’intolérance. C’est le cas par exemple pour le lactose, le gluten ou encore le blanc d’œuf. Dans le cas d’une intolérance persistante, le système immunitaire finit néanmoins par réagir et se met à sécréter des anticorps (cette fois prioritairement les Ig G) engendrant des réactions similaires à celle de l’allergie, sans les risques de complications.

L’allergie alimentaire provoquera une réaction beaucoup plus rapide dans le temps, généralement quasi immédiate alors que l’intolérance se manifestera de manière différée. Néanmoins allergies et intolérances alimentaires peuvent facilement être confondues car les symptômes digestifs occasionnés sont quasiment similaires (nausées, douleurs, diarrhées…).

– Contrairement à la réaction allergique où la plus infime quantité de substance allergisante affole le système immunitaire ; la réaction de l’intolérance elle, est généralement proportionnelle à la dose ingérée. Elle se manifeste justement au-delà d’un certain « seuil de tolérance ». Au début, l’organisme réagit peu et de manière retardée après l’absorption de l’élément  perturbateur. Des infections ORL, des douleurs ostéo-articulaires, un état de fatigue voire des maux de tête récurrents peuvent être le signe d’une intolérance non détectée. A la longue, les réactions peuvent s’aggraver, allant jusqu’à abîmer la paroi intestinale et la rendre poreuse. Cette porosité intestinale est responsable du syndrome du côlon irritable. Troué de part et d’autre, il ne joue plus son rôle de filtre et laisse passer à tort certains éléments. Des aliments non digérés franchissent alors sans difficulté cette barrière perforée entraînant ainsi de véritables allergies.

  En 15 ans à peine, le nombre de personnes allergiques et intolérantes aurait doublé ! D’après la British Allergy Foudation presque la moitié des européens et américains souffriraient d’intolérance ! L’intolérance est plus répandue que l’allergie et ses symptômes sont moins nombreux et moins graves mais elle peut évoluer à long terme et suivant l’âge vers une allergie.

Qu’est –ce qu’un allergène ? Et comment la biologie explique-t-elle la réaction allergique?

  Le système immunitaire est le système complexe en charge de la protection, de la tolérance et de la défense de notre organisme.  Système intelligent doté d’une mémoire, il est capable de détecter, reconnaître, neutraliser et détruire les intrus provenant généralement de l’extérieur de notre corps (comme certains microbes par exemple). Ces intrus peuvent être considérés comme potentiellement dangereux,  on les appelle les antigènes. Dans le cas des allergies, l’antigène est appelé allergène. L’allergène est donc l’antigène qui va être responsable de la réaction allergique.

  La réaction allergique est une réaction démesurée du système immunitaire. En effet, notre organisme côtoie tous les jours des antigènes de toute sorte (substances chimiques, poussières, microbes etc…), mais chez la personne allergique, le système immunitaire est devenu hypersensible et s’emballe au contact d’un antigène habituellement inoffensif. Certaines cellules spécifiques du système immunitaire comme les  lymphocytes T régulateurs, en charge de maîtriser la réponse immunitaire et contrôler le processus inflammatoire ne font plus correctement leur travail. S’ensuit alors une chaîne de réactions biochimiques à l’origine d’une sécrétion exagérée et disproportionnée de certaines substances (comme l’histamine) responsables des différents symptômes de l’allergie (asthme, urticaire, eczéma, rougeur, irritation des yeux, oedème…). C’est la raison pour laquelle, le traitement le plus couramment utilisé en médecine classique (allopathique) visant à diminuer les symptômes, consiste à administrer des anti-histaminiques et anti-inflammatoires.

  Pour mieux comprendre ce qui se passe dans votre corps au cours d’une allergie et apprendre à déchiffrer les résultats de vos bilans sanguins, revoyons un peu quelques notions de physiologie .

  L’immunité peut-être naturelle (ou innée), acquise (après un premier contact et mémorisation de l’antigène) et artificielle (via les vaccins ou sérums). La  peau, les muqueuses, le mucus, la salive, les larmes, la flore intestinale et vaginale etc… constituent des barrières physiques qui protègent notre corps.  Pour différentes raisons, cette première ligne de défense peut-être facilement franchie (plaie, acidité,  flores modifiées, porosité intestinale …). L’organisme a alors recours à une deuxième ligne de défense qui s’organise normalement, en plusieurs étapes parfaitement dosées et orchestrées pour neutraliser l’ennemi.

  Pour rappel, Les globules blancs sont les cellules représentatives du système immunitaire. On les appelle également des leucocytes (leuco=blancs, cytes =cellule). Il existe différentes familles de leucocytes qui ont chacune un rôle bien défini et complémentaire.

. Les  macrophages sont des globules blancs mangeurs d’antigènes et interviennent en premier lieu pour défendre l’organisme, c’est l’immunité innée ou naturelle. Si les macrophages sont surchargés et ne parviennent pas à neutraliser l’ennemi, ils appellent en renfort d’autres familles de globules blancs les lymphocytes T et B.

. Les lymphocytes chefs (les lymphocytes T0 encore appelés lymphocyte T auxillaires) vont ensuite orchestrer la suite des opérations et avertir une autre famille de lymphocyte, les lymphocytes T helper. Toute une série de sous familles est ensuite réquisitionnée pour au final aboutir à la sécrétion des  anticorps via les lymphocytes B. Ces anticorps sont de véritables soldats chargés de capturer l’antigène. On les appelle également les Immunoglobulines (Ig). Après l’infection, les anticorps sécrétés demeurent dans l’organisme, lui permettant de réagir plus rapidement à une prochaine invasion. C’est le principe de l’immunité acquise ou artificielle.

Il existe 5 familles d’immunoglobulines différentes : les Ig A,  D, I, E et M. Chaque famille a un rôle bien spécifique et se dirige préférentiellement vers des virus, bactéries ou encore par exemple des parasites. Habituellement nous avons les 5 familles présentes dans notre corps. Dans le cas d’une intolérance persistante les Ig G seront les plus représentatifs. Pour l’allergie, ce sont les Ig E qui seront principalement sécrétés.

Les  Ig E  spécifiques à un antigène ou un allergène donné, constituent donc un marqueur ou un témoin- acteur de l’allergie. Par exemple en cas d’allergie, pour imager grossièrement le concept: face à l’antigène acarien il y aura l’anticorps Ig E anti-acarien, pour l’antigène poil de chat il y aura l’anticorps Ig E anti-poil de chat etc…Ce sont donc les Ig E spécifiques que l’on dose à la prise de sang pour déceler une allergie et savoir de quelle allergie il s’agit.

  D’après certaines théories scientifiques, quatre mécanismes différents peuvent concourir à une allergie. Les deux plus connues sont l’allergie à réaction immédiate dite de type 1 et l’allergie retardée ou de type 4 responsable de l’eczéma. Mais il en existe deux autres particulièrement graves et heureusement rares que je ne développerai pas ici.

L’allergie de type 1 est la forme la plus courante. Elle peut provoquer de l’urticaire, rhinite, conjonctivite, eczéma ou encore de l’asthme et au pire un choc anaphylactique. L’allergie de type 1 se caractérise par une phase dite de sensibilisation où l’organisme identifie pour la première fois l’allergène sans manifester de symptômes allergiques. Chez les jeunes enfants,  il s’agit généralement de la première rencontre avec l’antigène. Chez l’adulte, l’allergie apparaît après plusieurs années, généralement suite à des contacts répétés avec l’antigène et ce pour différentes raisons. Après la phase de sensibilisation, si l’organisme se retrouve de nouveau en contact avec l’allergène, les Ig E spécifiques viendront directement le capturer, ce qui entraînera immédiatement la libération de médiateurs cellulaires pro- inflammatoires comme l’histamine, les prostaglandines et les leucotriènes. Ces messagers chimiques vont alors activer le processus inflammatoire à l’origine des symptômes allergiques comme l’œdème, ou l’urticaire. L’histamine dilate les vaisseaux sanguins et augmente leur perméabilité,  facilitant ainsi les échanges et l’action des défenseurs de l’immunité. Au niveau pulmonaire, l’histamine provoque la contraction des muscles entourant les bronches pouvant aboutir à la crise d’asthme.

Dans le cas de l’allergie retardée, la réponse immunitaire ne repose pas sur  l’action des anticorps à proprement parlé mais des lymphocytes. Lors du premier contact, l’antigène se fixe aux cellules de la peau. Ces dernières identifient l’antigène puis migrent vers les ganglions pour le présenter aux lymphocytes mémoire. Ces globules blancs se répandent ensuite dans les différents ganglions de l’organisme avant de se mettre en veille.  Lors du deuxième contact, l’allergène se fixe à nouveau sur les cellules de la peau qui informent les lymphocytes mémoires spécifiques. En migrant dans la peau pour tenter de détruire l’allergène, ils créent alors les lésions et l’eczéma de contact.

un chat qui se fait caresser le cou

A quoi pouvons-nous être allergique ?

  Comme dit plus haut, l’allergène est une substance habituellement sans danger pour le corps ou presque… Les aliments, pollens, poils d’animaux, acariens, poussières, moisissures, piqûre d’insectes peuvent alors devenir de véritables agresseurs pour la personne allergique! Un certain nombre de composés chimiques existant dans les cosmétiques (parfums, déodorants..), les produits ménagers, le mobilier ou le matériel de construction (peintures, vernis…) et même par exemple les tissus (teintures, fixateur de couleur …) peuvent également être des allergènes potentiels. Des allergies à l’alcool ou plus fréquemment aux médicaments (antibiotiques..) sont aussi possibles.  Pour certaines personnes une reconversion professionnelle serait même nécessaire. C’est le cas par exemple du boulanger (allergique à la farine) ou encore du personnel soignant allergique au latex. Certaines personnes sont même allergiques au sperme, à l’eau du robinet ou encore au soleil ! Il est sans intérêt ici d’énumérer l’ensemble des allergènes potentiels reconnus. Il est néanmoins intéressant de souligner qu’à l’heure actuelle, l’OMS a recensé près de 400 éléments allergènes ! Malheureusement il apparaît évident que si l’on ne change rien et que l’on ne s’attaque pas au fond du problème, plus on avance dans le temps, plus la liste s’allonge et plus le nombre de victimes augmentent.

En effet, tout aliment peut potentiellement devenir un allergène. Les  allergies alimentaires touchent préférentiellement les enfants avec 8 % concernés contre 3,2 % des adultes. Le plus souvent l’allergie est provoquée par une protéine de l’aliment. Chez les nourrissons, le lait de vache tient la tête d’affiche des allergènes alimentaires, suivi de l’œuf de poule, du poisson, de la cacahuète et du sésame. La CIBCAA (Centre d’Investigation Clinique et biologique en Allergologie Alimentaire) a constaté que c’est entre 1 et 3 ans que la fréquence des allergies alimentaires est la plus importante. De plus, il apparaît que les différentes tranches d’âges coïncideraient avec l’apparition d’allergies alimentaire de nature différente. Par exemple, l’allergie à l’arachide prédomine chez les 3-6 ans. Elle concernerait à cet âge, une allergie alimentaire sur trois et serait responsable de près de la moitié des décès par allergie alimentaire ! Généralement cette allergie persiste même à l’âge adulte, contrairement à l’allergie au lait de vache et aux œufs qui disparaissent vers 4 ans.

Les plus grands enfants paraissent plus sensibles aux fruits comme la châtaigne, la poire, la pomme, la prune et malheureusement pour nous réunionnais aux fruits exotiques comme la banane, l’avocat, le letchi, mangue, fruit de la passion, kiwi, ananas, papaye… Les végétaux de la famille des ombellifères comme l’anis, l’aneth, la carotte, le céleri, le fenouil ou encore le persil sont également dans le collimateur. Les allergènes végétaux représenteraient près de la moitié des cas d’allergies alimentaires.

  Les allergies croisées viennent s’ajouter à la longue liste des allergènes. Elles apparaissent lorsque des agents extérieurs présentent une structure moléculaire très proche de l’allergène d’origine. En d’autre terme, une allergie croisée est donc une manifestation allergique à une autre substance à laquelle on est initialement allergique du fait de sa ressemblance avec l’antigène responsable de l’allergie de départ. Par exemple, lorsque l’on est allergique au pollen d’un graminée qui est une grande famille de plantes regroupant herbes et céréales, il est fort probable que l’on développe une allergie au pollen d’une autre plante de la même famille des graminées. Cela n’est heureusement pas systématique mais se produit de plus en plus fréquemment. Il existe une multitude d’allergies croisées possibles répertoriées, notamment entre : pollens /aliments ;  latex / aliments ;  acariens / escargot, crevette, crustacés, cafards ; aliment /aliment, comme par exemple : kiwi / avocat ou pêche/pomme etc …

Décidément cela peut donner l’impression que l’on ne s’en sortira pas … mais rassurez-vous, tout problème a sa solution ! Encore faut-il s’attaquer, comme le fait le naturopathe, au fond du problème, c’est-à-dire aux causes primordiales qui constituent le TERRAIN. C’est ce que nous approfondirons dans la deuxième partie de ce dossier spécial allergies . Si cela vous intéresse, lisez l’article !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *